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(Nissan 5766 / Avril 2006)
Rav Raphaël Ya’aqov Israël zatsal de Sarcelles
Le rav Israël était l’une des principales personnalités rabbiniques du Judaïsme français. Malheureusement, une maladie très pénible l’handicapait depuis plus de quinze ans, et a limité l’influence et l’impact qu’il aurait pu avoir en France.
Rav Israël est né le 27 décembre 1936 à Fez, au Maroc. A l’âge de quatorze ans, il part à la Yéchiva de Sunderland, dans le nord de l’Angleterre, où il s’engage avec une assiduité légendaire dans l’étude de la Tora, au point que ses rabbanim le forcèrent à limiter ses heures d’étude - sans trop de succès.
L’un des rabbanim de cette Yéchiva, le rav ‘Hayim Chemouel Lapian, décrit dans son approbation aux livres qu’il a publiés, l’enthousiasme avec lequel rabbi Raphaël Israël s’investissait dans l’étude de la Tora à cette période particulière de sa vie. Le rav Yits’haq Ya’aqov Weiss, alors rav de Manchester, puis plus tard dirigeant du Beth Din de la 'Eida ha’harédith de Jérusalem, témoigne lui aussi dans son approbation de l’assiduité et de l’endurance dont faisait preuve rav Israël.
En 1959, toujours à Sunderland, il ouvre avec rav Gabriel Ittah (de Strasbourg aujourd’hui), un Kollel dirigé par le rav Erenthreu.
Il se marie en 1962 avec une descendante du Or ha'hayim haQadoch. En 1969, la communauté de Hegenheim fait appel à lui. Ce village de la basse Alsace, situé à proximité de St Louis, sur la frontière suisse et allemande, abritait un ensemble pédagogique original, dénommée « Messilath Yecharim». Dans ce site merveilleusement isolé avait été développée une Yéchiva pour jeunes originaires d’Afrique du Nord, ainsi qu’une école destinée aux familles orthodoxes de la région, y compris de la ville de Bâle. Les qualités de retrait et de calme de cet endroit étaient si remarquables que même reb Itsiqel d’Anvers venait y passer quelques jours de retraite. Vers les années 90, les institutions d’Hegenheim fermèrent, laissant juste une Yéchiva qetana, mais à St Louis.
Le rabbin Marc Meyer et le rav Amram Roua’h proposèrent la direction de la Yéchiva à rav Israël. Rav Biniyamin Bamberger dirigera plus tard le Kollel qui y sera développé.
La présence de rav Israël, six ans durant, apportera énormément au développement de cette institution. Sa gentillesse et son affabilité étaient très appréciées. Sa rigueur dans l’étude, ses grandes capacités dans l’exposé et son remarquable engagement dans la voie de la Tora eurent une influence décisive sur de nombreux élèves.
Le rav Meyer raconte avoir découvert, en ces années-là, qu’il restait debout toute la journée de Yom Kippour. Ceci ne l’empêchait pas d’étudier toute la nuit du jeûne, ce que pratiquement personne ne faisait alors, même si les ouvrages saints insistent sur l’importance d’une telle étude, quand rares sont les personnes qui étudient alors la Tora.
En 1975, Josio Charbit, l’une des personnalités actives de la communauté juive de la région parisienne, et cousin de rav Israël, lui propose de rejoindre la communauté de Sarcelles. En effet, l’augmentation du nombre de Juifs, originaires notamment d’Afrique du Nord, imposait de faire appel à une personnalité de son niveau, et lui permettrait d’exploiter pleinement ses remarquables capacités. La réalité dépassa les espérances : bien rapidement, rabbi Raphaël Israël devint l’âme vivante de la communauté, en particulier après l’ouverture du Kollel local, qu’il dirigeait lui-même. Il était pour toute la communauté l’adresse évidente pour recevoir des conseils ou des réponses de Halakha, et même des Berakhoth.
Il a rédigé à cette époque une gigantesque œuvre en 17 volumes intitulée Menou’hath Aharon.
Voici seize ans, une terrible maladie l’a atteint, lui causant d’immenses douleurs. Progressivement, il n’a plus pu parler, et dû être nourri par des tierces personnes. Sa capacité de contact avec le public a diminué, et la communauté en a beaucoup souffert.
Il est décédé roch ‘Hodech Adar, et a été enterré au Mont des Oliviers en veille de Chabbath Terouma. Une foule très importante a accompagné le cortège funéraire en France ainsi qu’en Erets Israël, et de nombreux rabbanim ont pris la parole pour déplorer cette grande perte pour le judaïsme français.

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